OUGANDA: Lutte contre la dégradation de l’environnement autour des zones d’installation de réfugiés

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, 16 organisations non gouvernementales ont appelé à une action urgente pour prévenir et atténuer l’impact de la dégradation de l’environnement autour des zones d’installation de réfugiés en Ouganda

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L’Ouganda accueille actuellement plus de 1,25 million de réfugiés, dont la plupart dépendent des ressources naturelles situées dans et autour des zones d’installation de réfugiés pour leur carburant, leur construction et leurs moyens de subsistance. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), les réfugiés ougandais consomment au moins 1,1 million de tonnes de bois de chauffage chaque année, le bois de chauffage étant la principale source de sécurité énergétique. On estime que chaque individu de la communauté de réfugiés consomme jusqu’à 1,6 kg de bois de chauffage par jour, comparé aux membres de la communauté d’accueil qui en consomment jusqu’à 2,1 kg par jour. Cela met à rude épreuve la disponibilité de bois, d’herbe et d’autres ressources dans les districts d’accueil des réfugiés.

L’impact n’est pas seulement environnemental: il génère également une concurrence accrue sur les ressources naturelles entre les réfugiés et la communauté hôte ougandaise. Alors que ces derniers continuent à faire preuve d’une grande générosité en accueillant des réfugiés, ils dépendent des mêmes arbres, du même gazon et des mêmes sources d’eau que les réfugiés. À mesure que la rareté augmente, les tensions sur l’accès aux ressources naturelles et leur gestion augmentent également. Des incidents violents touchant à la fois des réfugiés et des Ougandais ont déjà eu lieu, comme en témoignent les recherches effectuées à Lamwo, Adjumani et Arua par l’Initiative internationale pour les droits des réfugiés (IRRI).

La pénurie de ressources a un impact aigu sur les femmes et les filles responsables de la collecte quotidienne de bois de chauffage et de gazon pour les toits de chaume. Ils peuvent passer de 12 à 24 heures à ramasser du bois de chauffage qu’ils doivent chercher plus loin de chez eux, ce qui les expose à un risque de violence sexuelle. Les réfugiés et les Ougandais vivant autour des zones d’installation de réfugiés dépendent également des mêmes ressources naturelles pour gagner leur vie. La gestion durable des ressources naturelles est donc essentielle pour permettre à la politique ougandaise d’autonomie et d’inclusion des réfugiés, d’autant plus que l’aide humanitaire est insuffisamment financée.

Les acteurs nationaux et internationaux répondant à la situation des réfugiés en Ouganda, y compris les signataires de cette déclaration, investissent dans des sources d’énergie de remplacement et s’efforcent d’atténuer les dommages causés à l’environnement. La protection de l’environnement a été identifiée comme une priorité essentielle de la réponse des réfugiés ougandais. Le gouvernement ougandais élabore actuellement un plan d’action en matière d’eau et d’environnement pour lutter contre la dégradation de l’environnement dans les zones d’accueil des réfugiés, dans le cadre du Cadre d’intervention pour les réfugiés (CRRF) et avec l’aide de l’action humanitaire dirigée par le Bureau du Premier ministre et le HCR.

Mais des actions plus concrètes doivent être entreprises sur le terrain. La plantation d’arbres dans et autour des sites de réfugiés a été importante, mais reste insuffisante. Le gouvernement ougandais, le HCR et ses partenaires devraient intensifier leurs efforts de reboisement et en assurer le suivi. Étant donné que moins de la moitié de la population réfugiée et 20% de la communauté d’accueil utilisent des cuisinières à économie d’énergie, les mêmes acteurs devraient augmenter leur distribution et l’efficacité de leur utilisation. Les dialogues et la sensibilisation des communautés ont donné des résultats, mais doivent être intensifiés pour permettre aux leaders des réfugiés et des communautés d’accueil de détecter, prévenir et gérer de manière adéquate les tensions autour des ressources naturelles.

Pour ce faire, nous appelons les partenaires internationaux à orienter leurs ressources vers des programmes de lutte contre la dégradation de l’environnement et de promotion de la coexistence pacifique des communautés touchées par le déplacement. Les engagements internationaux visant à partager les responsabilités avec les principaux pays d’accueil de réfugiés tels que l’Ouganda doivent se traduire par des actions concrètes et, surtout, par un soutien financier.

De plus en plus de réfugiés continuent à arriver et les retours à grande échelle dans leur pays d’origine restent intenables dans un bref délai, compte tenu de la situation prolongée dans les pays voisins de l’Ouganda. Sans une augmentation significative des investissements, la dégradation de l’environnement dans les districts d’accueil des réfugiés aura de graves conséquences pour de nombreuses années.

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